Les parents devraient planifier la maladie de leur enfant ?

Les parents peuvent-ils planifier la maladie des enfants ?  Polémique.

Ce matin je regarde le gros titre du journal : Les parents peuvent-ils planifier la maladie des enfants ?  Polémique.

Bien entendu cela m’interpelle et je passe en page 3 pour y lire le détail de l’article.

Je me dis : enfin on parle du problème des enfants malades et de comment concilier notre vie professionnelle avec un enfant malade. Une page complète quand même, ce n’est pas rien …

Arrivée au bout de l’article je suis pour le moins bouche bée. En effet certaines lacunes qu’il s’agit de combler apparaissent et je ne peux m’empêcher de réagir.

Le comment du pourquoi la polémique a commencé n’est pas important.

Ce que je retiens moi, parent d’un enfant ayant été gravement malade durant toute sa vie, soit 5 ans et aujourd’hui décédé c’est :

« Les parents doivent s’organiser et planifier en avance les gardes de leur enfant comme celle d’un enfant malade » Citation de Roland Müller directeur de l’Union patronale suisse.

Bien entendu, chaque parent sait à l’avance que demain matin son enfant se lèvera avec 40° de température ou que cette nuit il va vomir.

Il est évident que chaque parent sait que la douleur abdominale que son enfant a et qui l’amène à l’hôpital au milieu de la nuit, est due à une tumeur cancéreuse qui va nécessiter des mois de traitement.

Tout ça bien entendu toujours à l’avance pour bien anticiper et avertir son employeur qu’il puisse prendre ses dispositions et s’organiser.

Mme Monika Commissione-Schwab, vice-présidente de l’UDC Vaud dit de façon intransigeante : « J’ai élevé seule mes deux fils. Je sais ce que cela veut dire. Or en 14 ans de carrière je n’ai jamais manqué un jour de travail. Si quelque chose se passait je prenais congé ou m’arrangeais avec mes copines. Nous avons de la chance en Suisse nous avons tout pour bien faire ».

J’ai failli tomber de ma chaise.

C’est une chance de n’avoir pas eu d’enfants atteints d’une grave maladie, mais ne serait-ce pas justement une raison pour soutenir ceux qui n’ont pas ce bonheur et non les narguer ?

Pour rappel en Suisse nous n’avons pas de congé parental. Nous avons nos fameux 3 jours quelle que soit la maladie, grave ou pas et quelle que soit sa durée.

En Suisse, nous avons voté et mis en place un congé maternité en 2005, qui permet à une mère de rester auprès de son enfant pour veiller sur lui, tout en continuant de toucher une allocation. Or quand ce même enfant est gravement malade, se bat pour vivre ou est lourdement handicapé, le même droit ne lui est pas accordé. Je ne remets pas en question le congé maternité mais rappelons-nous que :

La maternité est un choix, la maladie de son enfant non !

Pourtant M.Christophe Darbelllay, candidat PDC au conseil d’état valaisan, qui s’exprime dans l’article, dit : « Ne pas être favorable pour une assurance, qu’il faut du bon sens et de la compréhension ! »

Même avec beaucoup de compréhension, d’empathie et de bon sens, quelles solutions voulez-vous qu’un patron offre à son employé qui lui annonce que son enfant souffre d’une leucémie et qu’il en a pour 3 ans de traitements ?  Ne venez pas travailler, occupez-vous de votre enfant et ne vous inquiétez pas je vous verserais quand même votre salaire, malgré le fait que je ne touche rien d’une quelconque assurance vue qu’il n’en existe pas !

Les assurances pertes de gains entrent en matière si l’employé est malade, pas si l’enfant de l’employé est malade.

Mme Isabelle Moret, conseillère nationale (PLR / VD) pense avec beaucoup de bon sens que : « Quand un enfant est malade, on ne peut pas demander aux parents de venir continuer de travailler s’ils ne trouvent pas de garde. Ce n’est même pas dans l’intérêt de l’employeur car l’employé serait alors tout stressé »Elle termine en disant : Il faut laisser aux parents le temps de s’organiser. Les trois jours permis par la loi conviennent très bien »

Trois jours pour organiser des mois voire des années de soins qui ne peuvent justement en général pas se planifier?

Mais rassurez-vous. Les solutions sont là dans cet article :

  • Miser sur les grands parents – les temps changent et aujourd’hui les grands parents vivent leur vie ou travaillent encore et ne sont pas disponibles comme à l’époque. S’il n’y’a plus de grands parents passez aux solutions 2 ou 3.
  • Faire appel aux voisins – bien entendu, eux ne travaillent pas et sont à disposition pour garder vos enfants surtout quand ils sont malades et qu’il faut tout organiser pour que vous puissiez vous rendre à votre travail dans 2h !
  • Trouver une baby-sitter – vous n’en avez pas ? Il y a des services où vous pouvez moyennant 80 à 100 francs la journée faire appel à une parfaite inconnue, mais une vraie professionnelle qui viendra garder votre enfant malade.

Bien entendu il y a du bon sens, et oui nous pouvons nous arranger avec des amis ou de la famille. Mais là nous parlons uniquement de maladies infantiles habituelles, courantes, de rhumes de varicelle, de petites choses.

Quand bien même votre enfant est hospitalisé 3 jours, tout employé et employeur ayant un minimum de bon sens trouveront une solution.

Mais qu’en est-il lorsque nous parlons d’une maladie grave qui va nécessiter des mois, des années de traitements ? Des départs à l’hôpital en urgence et que la famille prendra vraiment conscience de ce c’est de « vivre au jour le jour » sans jamais savoir de quoi demain sera fait ?

Là où je suis déçue, mais tellement déçue et en colère c’est qu’il y a une page complète dans le journal pour polémiquer de tout ça et que rien n’est mentionné lorsque nous parlons de maladie grave, ni du cancer qui touche entre 250 et 300 enfants par années en Suisse.

Peut-être que je dois cesser de m’énerver et constater une simple chose: Il semble que peu de monde sache que les enfants peuvent être touchés par une maladie grave. La preuve, aucune des personnes qui témoignent dans cet article n’en parlent.

Pourtant oui, un enfant peut être malade plus de 3 jours et oui il peut avoir une maladie grave.

N’oublions pas de rappeler qu’un parent est tenu légalement au devoir d’assistance envers son enfant. Les parents ont pour responsabilité première l’éducation et la protection de leurs enfants. Ils doivent veiller à l’épanouissement personnel de ces derniers. Et ils se doivent encore plus d’être là quand ils sont malades afin de les accompagner dans la maladie, pour les soutenir, les encourager, les soigner et les aimer.

N’oublions pas que nos enfants sont l’avenir de notre civilisation, de notre pays et notre avenir à nous tous.

Je rejoins donc le commentaire de Monique Ryf, de Pro Juventute qui dit :

« Nos enfants sont l’avenir de la Suisse, ils ne sont donc pas qu’une affaire privée »

Pour terminer, je pense comme Mme Liliane Maury Pasquier, Conseillère aux Etats (PS/GE) : Nous sommes en 2017 et pas en 1950. La Suisse est en retard en ce qui concerne de concilier vie professionnelle et vie privée.

Chez nos voisins les Français, le congé de présence parental existe et fonctionne ainsi : « un compte crédit jours » de 310 jours est ouvert, le salarié peut utiliser en fonction des besoins de son enfant malade, handicapé ou accidenté. Au-delà de cette période de 3 ans, le salarié peut à nouveau bénéficier d’un congé de présence parentale, en cas de rechute ou de récidive de la pathologie de l’enfant au titre de laquelle un premier congé a été accordé »

Chez les Canadiens : c’est 35 semaines payées, renouvelables sous certaines conditions lorsque l’enfant gravement malade est un enfant souffrant d’une maladie ou d’une blessure qui met sa vie en danger, qui peut comprendre différentes phases aiguës et qui exige des soins ou un soutien continus de la part des parents.

En Suisse ? Nous avons droit à trois jours …

Mais rappelez-vous « Nous avons de la chance. En Suisse il y a tout pour bien faire » !

Natalie Guignard-Nardin

Membre du comité exécutif Zoé4life

le-matin-05-fevrier-2017

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